Le casse-tête de l'emploi de réfugiés dans l'hôtellerie-restauration

Vincent Jarousseau/Hans Lucas

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Pour pallier le manque de main-d'oeuvre dans l'hôtellerie-restauration, les patrons du secteur veulent pouvoir embaucher plus facilement des migrants. Mais les offres de formation ne sont pas encore bien calibrées pour répondre à une telle demande.

Les hôteliers et les restaurateurs ont encore mis les pieds dans le plat.  

 

Devant la difficulté éprouvée à embaucher sur certains postes , ils proposent d'avoir recours à la main-d'oeuvre que constituent les migrants. Le calcul est simple pour un secteur qui a vu ses effectifs déjà croître de 25 % entre 2005 et 2017. D'un côté, les besoins actuels sont estimés à plusieurs dizaines de milliers d'emplois, « entre 120.000 et 150.000 » pour Didier Chenet, président du Groupement national des indépendants de l'hôtellerie-restauration (GNI), et la formation de 40.000 à 50.000 jeunes par an par le secteur ne suffit pas à y répondre. De l'autre, les  demandes d'asile croissent chaque année et 258.000 personnes sont prises en charge (chiffre arrêté au mois de juin) par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) et sont donc susceptibles de disposer d'un permis de travail en toute légalité.

Délais trop longs

A l'heure actuelle, « un migrant qui a demandé l'asile et ne l'a pas encore obtenu ne peut pas solliciter une autorisation de travailler avant neuf mois suivant le dépôt de la demande », explique Anne-Laure Charrier, responsable de la Cimade pour l'Ile-de-France, et il mettra encore quelques semaines à obtenir le précieux sésame lui ouvrant le monde du travail légal.  La nouvelle loi asile-immigration , adoptée le 1er août, va réduire ce délai à six mois. « Plus un réfugié peut travailler vite, mieux c'est pour tout le monde », fait valoir le patron du GNI.

Pourtant, les difficultés de recrutement ne sont pas suspendues uniquement à ces dispositions législatives. « Les métiers en tension sont en cuisine et dans la salle, continue Didier Chenet. Une fois la barrière de la langue franchie, le secteur a les moyens de s'occuper de la formation de ces personnes. » Mais encore faut-il qu'elle soit franchie.

Formation incomplète

« Il y a à peu près 50 % des primo-arrivants qui ont accès à une formation linguistique, alors qu'elle est absolument nécessaire », alerte Pierre Henry, directeur général de l'association France Terre d'asile. Les 200 heures maximum (bientôt portées à 400 avec la loi asile-immigration) de la formation, dispensées dans le cadre du contrat d'intégration républicaine, ne sont souvent pas suffisantes pour permettre d'obtenir un niveau de français permettant d'envisager un emploi en salle dans la restauration, par exemple.

Certaines associations se proposent donc d' améliorer cette formation avec des cours plus spécifiques à certains jargons professionnels ou sur la façon de se comporter en entreprise.« Maîtriser le vocabulaire et tout ce qui est induit, ce qui relève du socio-culturel, est primordial », met en avant Judith Aquien, déléguée générale à Action emploi réfugiés, plate-forme mettant en relations employeurs et réfugiés cherchant du travail.

Insertion durable

L'Agence nationale pour la formation des adultes (Afpa) chapeaute depuis septembre, en coopération avec les ministères de l'Intérieur et du Travail, un programme baptisé « Hope », qui se propose lui aussi d'accompagner plus efficacement les réfugiés vers l'insertion professionnelle. La formation a pour objectif final le recrutement des personnes qui y participent dans des secteurs en tension. Les premiers résultats sont encourageants, mais les effectifs pour l'instant concernés (1.000 réfugiés) ne correspondent pas vraiment aux besoins dont fait état le secteur de l'hôtellerie-restauration. Autre problème de taille, « ce programme vise une insertion durable sur le marché du travail, ce que ce secteur n'offre pas forcément », indique-t-on du côté de la rue de Grenelle.

Clément Nicolas

15/11/2018 par KB

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